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Dinant: Théâtre de calcaire

Le temps est artiste… Il creuse, sculpte et lègue des chefs-d’oeuvre époustouflants. Il taille des vallées et cisèle des rochers, dessine des paysages alpestres, en émousse les reliefs ou les aplanit. Ses traits de génie se conservent parfois, sous terre, comme dans La Merveilleuse à Dinant, ville natale d’Adolphe Sax.

Pour les âmes romantiques, les grottes se drapent d’une «splendeur sauvage», voire d’une «majesté infernale». Ces âmes papillonnent tout autour de la terre à leur recherche, franchissant rivières et flots tumultueux. Peut-être se poseront-elles un jour dans La Merveilleuse. 

Aujourd’hui, les voyageurs feront volontiers un petit détour par Namur (toute la douceur de vivre de la capitale wallonne) pour céder aux charmes de la trappiste de Rochefort (impressions de moka et de chocolat mariées à une vague siruposité rappelant les poires), avant de plonger dans les entrailles de la terre. 

Pour la petite histoire, les superbes grottes de Dinant ont été découvertes tout à fait par hasard. A l’aube du 20e siècle, Dinant, la touristique, est reprise dans le réseau de chemin de fer. Les ouvriers s’activent jusqu’au jour où ils découvrent la nef souterraine… et ouvrent la porte à tous les excès… 

Ainsi, des descriptions réservées aux grottes les plus remarquables ont fait chorus : les nefs sont encensées pour leurs «cryptes recouvertes de dessins miraculeux » et leurs «espaces infinis, dignes des caveaux impériaux pour divinités de cultes sataniques». Bientôt, elles s’auréolent d’une aura métaphysique. 

Pourtant, aucun homme n’était présent il y a des millions d’années lorsque les forces de la nature ont commencé à façonner ce paysage. La mer a balayé les lieux en laissant dans son sillage squelettes et coquilles d’animaux marins. Par la suite, les bras de la Meuse, alliés aux éléments, se sont frayé un passage dans le calcaire. Le temps a laissé libre cours aux forces originelles et s’est acharné avec une rare ténacité à son oeuvre de construction et de destruction. 

Le paysage est comme un conte de fées qui se poursuit de salles en galeries. Dans ce monde à l’envers, les abîmes culminent. Point n’est besoin d’une imagination débordante pour découvrir les «tiares du pape» dans les drapés de stalactites et de stalagmites ou de croiser les visions de l’écrivain néerlandais Busken Huet dans la «Salle des Apparitions», à savoir les «chauves-souris à tête de sorcière» volant sur des «queues de poisson». 

Les Salles des Cascades auraient pu être salles de bal. Il suffit d’ouvrir ses livres pour s’en convaincre: «Ses murs et son plafond sont tapissés de grappes qui évoquent les barbes des dieux des rivières antiques, chargées d’argile.» 

La Salle du Glacier pourrait illustrer ce que George Sand décrivait comme le chaos: «Les murs oppressants s’évasent, le sol s’ouvre, les espaces sombres – au travers de flambeaux aux reflets rouges – se lézardent, tantôt sous mes pieds, tantôt au-dessus de ma tête.» 

Chaque salle et chaque galerie du complexe de grottes de Dinant sont à la fois enchantement et apothéose. Les décors de draperies calcaires immaculées de la «Salle des Tertres», le jeu d’ombres dans la «Salle des Trois Piliers», le ruissellement des pierres dans la Salle du Glacier … ont été dotés par Mère nature d’une myriade d’accessoires métamorphosant les complexes en théâtres sans horizons. La Merveilleuse laisse les spectateurs sans voix…

En pratique

La Merveilleuse est accessible tous les jours du 1er avril au 31 octobre de 11 à 17 heures (18 heures en juillet et en août). Du 1er novembre au 31 mars, elle n’est accessible que les week-ends de 13 à 16 heures et pendant les vacances de Noël et de Carnaval. Infos: tél. 082 22 22 10, www.dinantourism.com

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