Tout le monde sait qu’entre boire et conduire, il faut choisir. Mais conduire avec un déficit de sommeil peut être tout aussi dangereux. Saviez-vous que 17 heures de veille équivalent à une alcoolémie de 0,5 ‰? Cela double quasiment le risque d’accident. Pas étonnant, dès lors, que la fatigue au volant soit responsable de 10 à 20 % des accidents, et jusqu’à 30 % sur autoroute selon certaines estimations officielles.
Le Belge plus endormi que les autres ?
Selon le 15ᵉ Baromètre de la Fondation VINCI Autoroutes (Ipsos, 2024), 25 % des conducteurs belges reconnaissent s’être déjà assoupis au volant au cours de l’année. Et 18 % d’entre eux avouent avoir empiété sur la bande d’arrêt d’urgence ou quitté leur voie à la suite d’un moment de somnolence. À l’échelle européenne, 29 % des conducteurs rapportent au moins un épisode de somnolence sévère, et 40 % de ces épisodes ont entraîné un accident ou un quasi-accident. Ces incidents surviennent majoritairement sur autoroute (63 %) et lors de trajets de plus de deux heures (57 %).

L’horloge biologique
Notre horloge interne influe fortement sur notre niveau d’éveil. C’est entre 13 h et 15 h, puis entre 2 h et 5 h, que la somnolence est la plus fréquente. Le risque d’accident est ainsi jusqu’à cinq fois plus élevé lorsqu’on prend le volant durant ces créneaux.

Le nombre d’heures de sommeil
Les besoins en sommeil et la sensibilité à la fatigue varient d’une personne à l’autre. On estime qu’un adolescent ou un jeune adulte a besoin de 9 à 10 heures de repos par nuit, tandis qu’un adulte de 50 ans se contentera de 6 à 8 heures. En moyenne, il faut dormir environ 8 heures sur 24. En cas de manque, une accumulation de sérotonine dans le cerveau peut entraîner un endormissement involontaire.
Au volant, les signes d’alerte sont repérables:
- Difficultés à maintenir la tête droite
- Bâillements à répétition
- Lourdeur des paupières, picotements des yeux
- Gestes autocentrés (se gratter, se toucher le visage…)
- Difficultés à maintenir une vitesse et une trajectoire constantes
- Périodes d’absence
- Manque de concentration
- Endormissement des passagers
Si vous ignorez ces signaux, vous risquez d’augmenter encore votre fatigue et de vous endormir sans même en avoir conscience.
Quelques situations à risque :
- La conduite de nuit
- Une circulation peu dense
- Des (auto)routes rectilignes et monotones
- De longs trajets ou des trajets habituels
- Le silence des passagers endormis
- Un repas copieux, l’alcool, le tabac, certains médicaments
- Des facteurs physiques comme l’apnée du sommeil, le stress ou des bouleversements hormonaux
Détecteurs de fatigue mobiles
En 2018, l’Institut Vias avait testé différents dispositifs dits "mobiles" : une bague anti-somnolence (+/-199 €), un avertisseur de radar avec fonction anti-somnolence (+/- 179 €, + abonnement annuel de 149 €) et une caméra faciale. Et les résultats s’étaient révélés décevants :
- La bague déclenchait en moyenne 5,9 alertes par trajet, mais seulement 1,9 % sont jugées pertinentes.
- La caméra faciale était plus sensible (8 alertes/trajet), mais seulement 14,9 % sont réellement justifiées.
En outre, les réactions des conducteurs sont très variables. Certains s’arrêtent, d’autres adoptent des stratégies inefficaces : ouvrir une fenêtre, grignoter ou monter le son de la radio.
Détecteurs de fatigue intégrés
De plus en plus de véhicules, même parmi les modèles d’entrée de gamme, sont équipés de dispositifs d’alerte à la fatigue. Ces systèmes analysent notamment la durée de conduite, les mouvements du volant, les variations de vitesse ou encore l’usage des clignotants. Lorsqu’un comportement anormal est détecté, une alerte sonore ou visuelle est émise, souvent symbolisée par une petite tasse de café.
Ces systèmes permettent une prise de conscience du risque, mais leur fiabilité reste limitée. Il arrive que l’alerte intervienne trop tôt… ou qu’elle ne soit jamais déclenchée, même après deux heures de route ininterrompue.

Conclusion
Qu’ils soient intégrés ou portables, les détecteurs de somnolence sont loin d’être infaillibles. Leur intérêt principal est de vous rappeler que le sommeil est une condition non négociable de la sécurité au volant. Pour un long trajet comme pour un déplacement quotidien, mieux vaut prévenir que bâiller.
Quelques conseils pour lutter contre la fatigue au volant :
- Évaluez et respectez vos besoins en sommeil
- Faites une pause au minimum toutes les deux heures
- Évitez autant que possible de conduire la nuit
- Mangez léger, hydratez-vous (sans alcool évidemment)
- En cas de somnolence, une sieste de 20 minutes maximum est recommandée
- En cas de fatigue chronique, consultez un médecin spécialisé dans les troubles du sommeil.
Une application pour tester votre vigilance
La Fondation VINCI Autoroutes propose une application gratuite baptisée "Roulez éveillé", disponible sur iOS (App Store) et Android (Google Play). Elle permet d’évaluer votre niveau de vigilance et de vous inciter à faire une pause si nécessaire.
Son fonctionnement repose sur un test de 30 secondes durant lequel vous devez réagir à des stimuli visuels. L’application mesure ainsi votre temps de réaction, souvent dégradé en cas de fatigue. En fonction du résultat, elle vous encourage à poursuivre… ou à vous arrêter.

Elle propose également :
- des conseils pour gérer son sommeil en période de déplacements
- une séance audio de sophrologie pour se relaxer
- des astuces pour faire une vraie sieste efficace
- un historique des tests pour suivre votre vigilance dans le temps.
Cet outil, conçu avec le soutien de l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), ne remplace pas une vraie pause, mais peut constituer un excellent signal d’alerte contre la fatigue au volant.