Routes tranquilles traversant des vallées, littoral méditerranéen et ascensions difficiles espacées de quelques dizaines de kilomètres seulement. Autant d'atouts qui font de la Slovénie une destination cycliste ultra variée dans un mouchoir de poche. À l'invitation de l'Office du tourisme slovène, nous avons traversé d'ouest en est le pays natal du cycliste Tadej Pogacar, dont les performances exceptionnelles ont donné un coup de fouet au cyclotourisme.
Notre périple de quatre jours commence au cœur de la vallée de la Soca, à l'ouest de la Slovénie. Après un voyage plus long que prévu, nous reprenons des forces dans un hôtel situé au pied d'une cascade spectaculaire. Il faut dire qu'il nous a fallu prendre un vol vers Venise, avant de rouler pendant des heures sur les routes italiennes et slovènes. Sans oublier un contrôle inopiné des passeports à la frontière italo-slovène pour rallonger encore un peu le trajet.
L'avantage de cette arrivée plutôt éprouvante, c'est le contraste immense qui nous attend dans la paisible vallée de la Soca. Depuis la terrasse de l'hôtel, la vue panoramique sur les Alpes juliennes est un vrai régal et l'air pur nous remplit les poumons. Qui plus est, le restaurant de l'hôtel sert de délicieux plats préparés exclusivement à partir de produits slovènes. De quoi faire le plein d'énergie de manière saine et savoureuse en vue de ce qui attend notre groupe de cyclistes belges les jours suivants.
Grands noms slovènes
Le dîner se déroule en compagnie de la souriante Maja, qui coordonne notre voyage pour le compte de Slovenia Outdoor. Sans surprise, le nom de Pogacar est rapidement évoqué à table. “Sa première victoire au Tour de France m'a laissée sous le choc”, raconte-t-elle. “Je me souviens encore très bien du contre-la-montre au cours duquel il a détrôné Roglic. Comme beaucoup d'autres Slovènes, j'ai ressenti un bref moment de dépit. Non à l’encontre de Pogacar, mais nous tenions tellement à ce que Roglic remporte ce Tour. C'était et c'est toujours un sportif proche du peuple.”
On sait à quel point Pogacar fait désormais partie des plus grands, et les Slovènes l'ont complètement adopté. Il lui arrive même de jouer le rôle d'ambassadeur de la Slovénie comme destination touristique.
En mode turbo ou éco
Au matin de notre première randonnée à vélo, une navette nous conduit à un poste frontière isolé entre l'Italie et la Slovénie, où nous attendent les VTT électriques que nous avons loués pour la journée. “Nous commençons notre randonnée en empruntant un ancien sentier militaire qui traverse les collines de Kobarid”, nous explique Blaz, guide et loueur de vélos chez Positive Sport. “Jadis, les soldats montaient là-haut avec des canons, si bien que la pente n'est pas trop raide. À vous de décider si vous préférez passer une journée facile en mode turbo ou plus difficile en mode éco.”
Tout le groupe se lance avec enthousiasme en mode éco, mais après quelques kilomètres d'ascension, l'effort s'avère plus difficile que prévu. La plupart passent alors en mode trail, avant d'appuyer un peu plus tard sur le bouton boost.
Malgré l'assistance électrique, il nous faut tous descendre de vélo au cours de cette première ascension, car peu avant le sommet, des ouvriers sont en train de bétonner le chemin, ce qui rend le passage impossible. Par chance, les négociations et un pourboire aux ouvriers portent leurs fruits, car nous obtenons finalement un sauf-conduit. Non sans risque, car nous devons pousser nos vélos sur une bordure étroite entre les bandes de béton frais et un précipice assez raide. C'est là que nous remarquons que ces VTT électriques pèsent tout de même leur poids.
‘Le col du Stelvio slovène’, l’asphalte en moins
Indépendamment de ce petit incident, les VTT électriques sont une vraie bénédiction pour le cyclotourisme en Slovénie. S'ils permettent au plus grand nombre de s'attaquer à des parcours difficiles, il faut quand même avoir une certaine expérience du vélo et une condition physique de base pour mener à bien des randonnées aventureuses dans les montagnes.
Après 9 km d'ascension, notre groupe atteint le sommet du Kobariski Stol, qui culmine à près de 1 400 mètres. Un petit monument rappelle les guerres qui ont profondément marqué la région. “Ce territoire a appartenu aux Habsbourg jusqu'à la Première Guerre mondiale”, nous informe Blaz. “Nous sommes ensuite passés sous domination italienne, puis, après la Seconde Guerre mondiale, nous avons rejoint la Yougoslavie, jusqu'à l'indépendance de la Slovénie en 1991.”
Ce n'est qu'un peu plus loin que l'importance stratégique du Kobariski Stol prend tout son sens. Une longue descente nous attend, ponctuée de virages en épingle à cheveux, un peu à la manière du légendaire Stelvio du Giro d'Italia. Mais sans asphalte. Le panorama sur la descente est tellement spectaculaire que nous freinons tous spontanément pour prendre un selfie ou une photo. Il y a largement le temps d'en profiter pendant des vacances à vélo.
La Slovénie: pays de l'amour
Après une vingtaine de kilomètres de descente, nous retrouvons la vallée de la Soca, où notre première étape est la charmante petite ville touristique de Kobarid. Amateurs d'histoire, vous pourrez vous en donner à cœur joie au musée consacré à la Première Guerre mondiale.
Autre curiosité: l'ossuaire militaire, inauguré dans les années 1930 par le dictateur italien Mussolini. Et juste en dehors du centre se trouve le pont Napoléon, emprunté autrefois par ses troupes. De nos jours, ce pont historique surplombant les eaux turquoise entre deux hautes falaises recueille surtout de nombreux cœurs sur Instagram. Photogénique à souhait, le pont Napoléon de Kobarid figure également sur l'affiche du salon Velofollies 2026, accompagné d'un cycliste.
Nous déjeunons un peu plus loin en aval, à la base de loisirs Kamp Labrca. Tandis qu'il nous sert un copieux repas, Nikolas, le propriétaire, nous conte une version très originale de la Genèse. “Dans un premier temps, Dieu semblait avoir oublié la Slovénie. Mais le septième jour, il s'est rattrapé”, relate-t-il avec enthousiasme. “Il a octroyé aux Slovènes une place au cœur de l'Europe, y a implanté les plus belles montagnes, rivières et forêts qui soient, créant ainsi le seul pays au monde dont le nom contient le mot ‘amour’: sLOVEnia!”
De superbes panoramas
Au cours de ce voyage à vélo, nous explorons également les Alpes Kamniques, dans le centre-nord de la Slovénie. Nos guides dans cette région touristique encore méconnue sont Polona et Luka, qui nous ont également fourni les gravels via l'hôtel Grof, dédié aux cyclistes. Nous partons de Solcava, un petit village situé au confluent de la Savinja et de la Jurcef, pour une journée à vélo le long de la route panoramique de Solcava.
Qui dit panorama dit qu’il faut grimper, bien sûr. Sans l'assistance électrique dont nous disposions la veille grâce aux e-VTT, l'ascension est beaucoup plus lente. Mais la satisfaction n'en est que plus grande. Après six kilomètres à la force des mollets, nous découvrons un premier paysage magnifique, ponctué de plusieurs sommets alpins et de la petite église blanche de Podolseva. Le temps de parcours des cyclistes de notre groupe varie considérablement lors de cette ascension, mais tout le monde se retrouve dans une ambiance détendue à l'église.
Tout au long des kilomètres vallonnés qui suivent, nous restons groupés pour pouvoir nous émerveiller ensemble devant un nouveau panorama spectaculaire. Autre agréable surprise: le déjeuner avec vue sur les montagnes ensoleillées, dont la plupart des plats sont préparés dans la cuisine mobile du Grof. Et pour couronner le tout, les derniers kilomètres nous mènent au cœur de la vallée verdoyante en forme de U quasi parfait de Logarska Dolina. Ce petit coin de nature est sans doute ce que la Slovénie a de plus beau à offrir.
Petits tours de piste
Notre troisième journée à vélo sur le sol slovène coïncide avec la dernière étape du Tour de Slovénie, qui se déroule chaque année. Au palmarès de cette course cycliste, on retrouve Pogacar et Roglic côte à côte, chacun avec deux victoires finales à son actif.
Comme le veut la tradition, la dernière étape se dispute dans et autour de la ville de Novo Mesto. Ce n'est pas un hasard, car Novo Mesto abrite le siège du constructeur de camping-cars Adria Mobil, qui sponsorise l'équipe cycliste du même nom depuis 1972. Adria Mobil joue un rôle essentiel dans le développement des jeunes coureurs cyclistes en Slovénie. C'est en intégrant cette équipe en 2015 que Roglic a pu percer sur la scène internationale, avant d'être transféré dans la prestigieuse équipe Visma.
En attendant l'arrivée du Tour de Slovénie dans le centre historique de la ville, notre groupe de cyclistes se rend au Vélodrome Novo Mesto, où nous pouvons faire quelques tours sur des vélos de piste spécifiques. L'initiation ne s'avère pas très instructive, malgré le bon conseil du chargé de piste: “Ne cessez jamais de pédaler!” C'est pourtant ce que nous faisons, car le sprint final du Tour de Slovénie nous attend. Et la victoire revient à un coureur de l'équipe UAE Team Emirates. Pogacar? Non, une fois n'est pas coutume, c'est son coéquipier portugais Ivo Oliveira qui s'impose.
Détente à Novo Mesto et ses environs
Une fois la ligne d'arrivée franchie et la cérémonie de remise des prix terminée, il nous reste du temps pour explorer la région autour de Novo Mesto. Équipés de VTT électriques, nous pouvons y aller tranquillement. À la différence des pros qui sont passés par là plus tôt dans la journée, nous en profitons pour faire une agréable excursion touristique. Nous traversons notamment le village viticole de Trska Gora et marquons une pause photo au château d'Otocec, situé au bord de l'eau.
Il ne nous sera malheureusement pas possible de visiter Ljubljana. Mais la capitale slovène est déjà inscrite dans notre agenda pour 2026, à l'occasion des Championnats d'Europe de cyclisme sur route début octobre. Pogacar réitérera-t-il dans son propre pays l'exploit qu'il a réalisé il y a quelques mois en Ardèche, où il a endossé le maillot étoilé européen après un solo de 75 km? Et Remco Evenepoel viendra-t-il en Slovénie pour conserver son titre européen au contre-la-montre? Quelle que soit l'issue des Championnats d'Europe, nous pouvons d'ores et déjà nous réjouir du potentiel de la Slovénie en tant que destination cycliste: parfaite pour les coureurs de haut niveau, les cyclotouristes et les cyclistes occasionnels.
La Slovénie en pratique
S’y rendre
Nous avons opté pour un vol vers Venise, avant de parcourir 175 km en minibus jusqu'à la vallée de la Soca. Une alternative plus rapide et confortable consiste à prendre un vol vers Ljubljana, la capitale slovène. Il est également possible d'effectuer le trajet au volant de son propre véhicule. La distance entre Bruxelles et Ljubljana est de 1 150 km.
Hébergements
Slovenia Outdoor propose des hébergements particulièrement adaptés aux cyclistes. Ces quatre hôtels nous ont accueillis au fil de notre périple:
- Rest and Ride Hotel: nouvel hôtel pour cyclistes dans les montagnes, à proximité de la frontière italo-slovène
- Turisticna Kmetija Malovscevo: hôtel rural au cœur des vignobles de la vallée de Vipava
- Hotel Grof: un hôtel de rêve pour les cyclistes, avec toutes les commodités requises, du transport au service de blanchisserie
- Seruga Countryside Hotel: ancien moulin transformé en hôtel de charme avec spa, à 6 km de Novo Mesto
Plus d'infos sur les trois régions explorées
- Vallée de la Soca: www.soca-valley.com
- Route panoramique de Solcava: Solčava Panoramic Road - Visit Savinjska
- Novo Mesto: www.visitnovomesto.si




