Tout comme la technologie et notre mode de vie ont considérablement évolué au cours des dernières décennies, notre mobilité est également en constante mutation. Dans cet article, nous examinons d'un œil critique 10 promesses ou tendances qui, selon nous, ne se concrétiseront pas ou n'auront finalement pas d'impact significatif sur notre mobilité.
Depuis 130 ans, Touring suit de près notre mobilité et contribue à la façonner. Dans un autre article, nous examinons 10 tendances qui, selon nous, sont sur le point de faire leur apparition.
Nous prétendons pas ici que notre vision de l'avenir est tout à fait juste. Mais une réflexion critique sur les promesses faites concernant la mobilité du futur nous permet de rester vigilants. Cela nous aide à mettre le doigt sur les sujets dont nous discutons, en tant qu'organisation spécialisée dans la mobilité, avec nos ministres de la mobilité et d'autres parties prenantes issues d’un domaine en pleine évolution.
2. La mobilité en tant que service: la désillusion
3. La conduite autonome, un jour peut-être
4. Tout le monde en voiture partagée?
5. Le train de nuit pour les vacances
6. Des options dans votre voiture via un abonnement
7. La mobilité dans l'espace aérien
8. Le "battery swap": remplacer ses batteries vides en une minute
9. Villes intelligentes: un potentiel encore sous-exploité
10. Dernière décennie pour le moteur à combustion
1. La conduite à l’hydrogène
Un pot d'échappement qui rejette seulement un petit nuage de vapeur d'eau, l’idée est attrayante... Pourtant, l'hydrogène ne deviendra pas la norme dans le secteur automobile, car les défis techniques sont beaucoup trop importants. En effet, l'hydrogène est difficile à stocker et à transporter car il est extrêmement volatil et inflammable. Ajoutez à cela le fait que la production et le stockage efficace de l'hydrogène nécessitent beaucoup d'énergie et vous comprendrez pourquoi la plupart des constructeurs automobiles ont abandonné leurs projets liés à l'hydrogène.
À terme, l'hydrogène pourrait bien conquérir une place solide dans le secteur maritime, et nous croyons également en son application à plus grande échelle dans l'industrie. Mais dans le domaine automobile, la conduite électrique à batterie est une solution beaucoup plus viable pour atteindre le zéro émission (local).

2. La mobilité en tant que service: la désillusion
Vous n'achetez pas de véhicule, mais vous utilisez un large éventail de solutions de transport: telle était la grande promesse de MAAS (Mobility As a Service), la mobilité en tant que service. Et c'est une idée plutôt séduisante que de pouvoir trouver en un clin d'œil, via une application pour smartphone, la solution la plus rapide, la moins chère et la plus propre pour chaque déplacement. Seulement, ces plateformes MAAS se sont avérées offrir peu de valeur ajoutée par rapport à une simple recherche sur Google. Ainsi, des applications telles que Floya à Bruxelles et Hoppin en Flandre ont coûté des millions, mais ont attiré peu d'utilisateurs et n'ont rien changé.
Tout aussi regrettable, les sociétés de transport public ne semblent pas disposées à payer des commissions correctes aux acteurs privés qui vendent des billets pour leur compte sur leur application MAAS. Il n'y a jamais eu et il n'y a toujours pas de conditions de concurrence équitables entre les transports publics subventionnés et les start-ups privées. Et c'est là que le modèle économique derrière MAAS achoppe. Dommage!
3. La conduite autonome, un jour peut-être
Oui, la conduite autonome est en plein essor. Les voitures sans conducteur ont un grand potentiel pour rendre la circulation plus sûre, plus fluide et plus confortable. Mais Touring ne croit pas que d'ici une décennie, nous serons nombreux à nous asseoir à l'arrière d'une voiture autonome.
Ce n'est pas tant la technologie qui constitue un frein. Ni la résistance des utilisateurs, selon nous. Ceux qui ont testé plusieurs fois un taxi autonome aux États-Unis, par exemple, sont rapidement convaincus qu'il n'est ni inconfortable ni dangereux de se laisser conduire. Ce n'est donc pas pour cette raison que la conduite autonome à grande échelle se fera encore attendre longtemps.
C'est avant tout la question juridique de la responsabilité qui doit être clarifiée. Et cela ne s'arrête pas là. La conduite autonome nécessite une infrastructure routière et une signalisation d'un niveau de qualité bien supérieur à ce que nous connaissons aujourd'hui.
Il faut également tenir compte de la forte opposition à la voiture comme bureau mobile, du risque d'exode urbain, d'une augmentation considérable de la demande de transport et du fait que les véhicules autonomes attireront soudainement de nombreux nouveaux utilisateurs. En effet, même ceux qui ne peuvent ou ne sont pas autorisés à avoir un permis de conduire pourront soudainement réserver un trajet en voiture autonome. Il y a donc beaucoup d'obstacles à surmonter rapidement.

4. Mobilité: tout le monde en voiture partagée?
Les voitures partagées sont souvent considérées comme un grand succès, mais la réalité est beaucoup plus nuancée. Les voitures partagées sont très pratiques et viables dans les centres urbains, où elles constituent un excellent complément pour ceux qui ont également accès au bus ou au tram, et n'utilisent donc qu'occasionnellement une voiture.
Dans l'ensemble de la mobilité automobile, cela reste toutefois un phénomène marginal. C'est ce que nous apprennent les chiffres d'utilisation. L'un des principaux fournisseurs de voitures partagées, par exemple, se vante de plus d'un million de réservations par an avec une flotte d'environ 3 000 voitures et plus de 70 000 utilisateurs. Cela représente en moyenne un peu plus d'un trajet par véhicule et par jour et un peu plus d'un trajet par mois et par utilisateur. Les voitures partagées sont donc elles aussi très souvent à l'arrêt et sont utilisées par des personnes qui conduisent rarement et qui n'auraient peut-être jamais acheté leur propre voiture.
Le type d'utilisateurs évolue également progressivement: les communes, par exemple, utilisent des voitures partagées pour permettre à leur personnel d'effectuer des déplacements professionnels. Ce n'est pas une mauvaise idée, mais cela n'aide pas les familles à se passer de leur voiture.
Ajoutez à cela le fait que de nombreux prestataires ne parviennent pas à obtenir des chiffres satisfaisants, en partie parce qu'ils sont confrontés à une utilisation négligente, au vandalisme et à des abus purs et simples. Certains d'entre eux ont donc discrètement mis fin à leurs activités.
En résumé, les voitures partagées sont certes devenues un complément utile à l'offre de mobilité au cours des 20 dernières années, mais elles constituent rarement une véritable alternative pour ceux qui ont besoin d'une voiture de manière régulière ou fréquente. Il ne faut donc pas s'attendre à ce que la voiture partagée devienne la norme et la voiture individuelle l'exception.
5. Le train de nuit pour les vacances
Les trains de nuit vers les destinations de vacances font régulièrement l'objet d'articles enthousiastes. Chaque année, les journaux annoncent de nouvelles initiatives prometteuses visant à rétablir les trains de nuit et à les présenter comme une alternative écologique aux voyages en voiture ou en avion. Mais ces initiatives aboutissent rarement, voire jamais, à des résultats significatifs.
Le train présente indéniablement des avantages écologiques, et ne serait-ce que pour cette raison, il mérite sa place dans l'offre de transport. Mais les trains longue distance vers des destinations de vacances ne peuvent rivaliser avec la concurrence, ni en termes de durée du trajet, ni en termes de coût.
Ajoutez à cela des trains obsolètes, un confort discutable et des temps de trajet imprévisibles, et il devient évident que ce mode de transport ne séduit qu'une minorité. Il faudra beaucoup plus pour changer cela. C'est dommage, car beaucoup se souviennent avec nostalgie de l'époque où le train-auto les emmenait avec leur famille et leur voiture vers le sud.

6. Des options dans votre voiture? Uniquement avec un abonnement!
Bien que les voitures neuves coûtent une fortune, leurs marges bénéficiaires sont assez faibles. C'est pourquoi de nombreux constructeurs expérimentent d'autres modèles économiques. Par exemple, en proposant des contrats de location pour les options de votre voiture. Sièges chauffants, feux de route intelligents ou stationnement automatique? Uniquement avec un abonnement!
Vous payez donc pour une voiture équipée de la technologie, mais vous ne pouvez l'utiliser que si vous payez un supplément. Voilà une stratégie que le client n'apprécie pas vraiment.
Si payer un supplément pour plus de confort peut encore se défendre, le fait que des systèmes de sécurité supplémentaires ne puissent être activés qu'après paiement frôle l'immoralité. C'est une évolution que Touring estime peu prometteuse et préférerait voir disparaître rapidement.
7. Urban air mobility: la mobilité dans l'espace aérien
Depuis des décennies, les taxis volants sont un élément familier des films ou bandes dessinées futuristes. Et nous pensons que cela restera encore longtemps de la science-fiction, même si certains considèrent la « mobilité aérienne urbaine » (ou Urban air mobility) comme la solution miracle pour contourner les embouteillages.
Les drones sont aujourd'hui omniprésents, mais le transport de personnes n'est pas encore très répandu. En 2016, Uber a lancé Uber Elevate, un projet de transport aérien à la demande. Cela n'a donné lieu qu'à quelques « pilotes ». Un taxi aérien a été utilisé lors des Jeux olympiques de Paris en 2024, mais un véritable déploiement commercial semble encore loin. De plus, les nuisances sonores et la congestion du trafic aérien constituent des obstacles importants. Non, nous ne pensons pas que nous pourrons bientôt nous déplacer d'un bout à l'autre de la ville en survolant l'espace aérien.

8. Le "battery swap"
Remplacer les batteries vides de votre voiture électrique par des batteries pleines en une minute, cela reste une idée séduisante. Le constructeur automobile chinois Nio dispose déjà de plus de 3 000 stations dans le monde pour ces "battery swaps". Il existe également une station d’échange de batteries en Belgique.
Nio n'est d'ailleurs pas le premier constructeur à s'y essayer: vers 2010, Renault-Nissan a lancé une technologie similaire. Et un siècle plus tôt, dès 1910, il existait aux États-Unis une version rudimentaire pour les camions.
Malheureusement, le système présente aussi des inconvénients. La construction et l'entretien des stations d’échange sont ainsi beaucoup plus coûteux que l'installation de chargeurs rapides. Selon nous, ces derniers l'emporteront facilement. Les voitures électriques ont une autonomie de plus en plus grande et se rechargent de plus en plus rapidement. Cela réduit la durée des arrêts obligatoires lors d'un long trajet et rend de moins en moins nécessaire le "swap" des batteries. Nous ne parions donc pas sur cette technologie pour l'instant.
9. Villes intelligentes: un potentiel encore sous-exploité
Il existe aujourd'hui une quantité inimaginable de données numériques sur la manière, le lieu, le moment et le nombre de personnes qui se déplacent simultanément. Le scan d'un ticket de transport public, l'entrée dans un parking, le passage devant une caméra ANPR... tout cela fournit des informations sur les flux de circulation actuels. Même dans votre voiture ou à vélo, vous êtes suivi grâce au signal de votre téléphone portable.
Toutes ces données constituent le terreau idéal pour une gestion intelligente du trafic. Par exemple, en allongeant les temps de passage des feux verts sur les axes où le nombre de voitures est le plus élevé à un moment donné. Mais ces interventions intelligentes basées sur des données en temps réel peinent à voir le jour. Le déséquilibre entre les parties qui doivent investir de l'argent et celles qui peuvent finalement en tirer un avantage politique semble encore trop important aujourd'hui.
L'intelligence artificielle fera peut-être bientôt la différence, mais cela ne se produira que s'il existe une réelle volonté de s'attaquer aux embouteillages. Et, pour être honnête, nous en doutons.

10. Dernière décennie pour le moteur à combustion
Afin de réduire l'empreinte carbone du trafic routier, l'Europe mise pleinement sur les véhicules électriques. À tel point qu'à partir de 2035, aucune nouvelle voiture équipée d'un moteur à combustion ne pourra plus être vendue. Plus cette date approche, plus cette idée suscite de résistance. En effet, les voitures électriques conquièrent le marché beaucoup moins rapidement que prévu.
En Belgique, Bruxelles, Anvers et Gand vont encore plus loin et interdisent à partir de 2035 l'accès à toute voiture équipée d'un moteur à combustion (et même bien avant cela pour les voitures diesel).
Oui, la nouvelle voiture hybride propre et économique que vous achetez aujourd'hui sera inutilisable dans ces villes d'ici 9 ans. Cela ne nous semble absolument pas être une position tenable et défendable, car une voiture peut facilement durer deux fois plus longtemps. Déprécier une voiture aussi rapidement relève même de l'obsolescence programmée et du non-sens écologique.
Aujourd'hui, seule une petite minorité des ménages achète une voiture entièrement électrique. Pendant des années encore, une part importante des nouvelles voitures fonctionnera à l'essence. Ces voitures seront donc encore très récentes lorsqu'elles seront interdites. Cela représente une perte économique énorme et injustifiable pour ceux qui ont besoin de leur voiture dans ces villes.
Quiconque observe avec un certain réalisme le marché automobile actuel et celui des années à venir se rend compte que la fin annoncée du moteur à combustion est beaucoup trop optimiste, voire naïve. Nous continuerons à défendre cette position, même si nous soutenons pleinement l'essor de la mobilité électrique.