Chaque jour, nous recevons des plaintes de nos membres par rapport à la raréfaction des places de parking en ville. Singulièrement à Bruxelles. Nous effectuons ici un état des lieux avec des ébauches de solutions mais aussi quelques astuces pour éviter les pièges des parkings en ville...

L’annonce de la Région de Bruxelles-Capitale est sans doute la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Cette dernière voudrait supprimer 65.000 places de stationnements sur son territoire à l'horizon 2030. Touring a alors réagi en expliquant que ce plan se basait sur des données obsolètes. Elles datent en effet de 2014 et ne prennent pas en compte les réalités du terrain. C'est ainsi que la région parlait de 530.000 véhicules immatriculés, ce qui est déjà en dessous de la réalité.
Mais, surtout, des chiffres qui ne tiennent pas compte des autres usagers, "navetteurs" réguliers et autres visiteurs. Autre dossier chaud: un projet d’ordonnance bruxelloise, dont l’objectif est de reporter le stationnement de rue vers les parkings publics. La ministre bruxelloise de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen) souhaite en effet réduire le stationnement sur l’espace public sur ce qu’elle appelle des "zones grises". Celles-ci se situent aux abords des parkings publics. Avec des tarifs systématiquement supérieurs à ceux du parking qu’elle entoure.
L’avant-projet prévoit également des sanctions pour les communes qui n’exécuteraient pas de manière conforme le futur plan régional de stationnement. Ce n'est évidemment qu'un avant-projet, mais cela a de quoi faire grincer quelques dents.
Bruxelles sous tension
Au-delà de ces annonces, il existe une véritable opposition entre deux visions de la ville "avec ou sans" voitures. Ce plan visant la suppression de ces places en surface s'ajoute aux nombreuses autres contraintes actuelles comme la limitation du nombre d'emplacements. Notamment celles liées aux entreprises. Selon les chiffres donnés par le SFP Mobilité et Transports (2018), depuis 2005 et la première édition du diagnostic fédéral, le nombre de places de stationnement n'a pas changé de manière significative. Il représente toujours environ 50% du nombre total de travailleurs.
Mais il y a une autre réalité derrière ce chiffre national. Flandre et Wallonie réunies, on compte 56 places pour 100 travailleurs. Alors qu'à Bruxelles il n'y a que 29 places pour 100 travailleurs. Pour rappel, selon l'agence "Parking Brussels" en charge du stationnement, ce sont 700.000 voitures qui circulent à Bruxelles au quotidien (hors covid évidemment). Avec environ 265.000 places de parking disponibles! Voilà qui explique la tension dans la capitale, aggravée par les récentes décisions en la matière.

Même le vélo manque de place
Or, pour Touring, nombre d'usagers n’ont souvent pas d’autre choix que de se déplacer en voiture, faute d’autres moyens efficaces, fiables et rapides. Ainsi, le réseau express régional ne sera achevé que dans cinq ans, l’extension du métro n’est pas encore approuvée et les zones "park & ride" gratuites sont encore trop peu nombreuses pour rendre la combinaison des transports en commun et d’autres moyens de transport plus attrayants. Ces zones P&R devraient être prévues aussi bien dans la Région qu’en dehors.
La voiture n'est pas seule concernée: le vélo pourrait être mieux loti avec plus d'emplacements sécurisés. Bref, notre crainte, relayée par d'autres acteurs économiques présents à Bruxelles, c'est que ce plan aura pour effet que davantage d'usagers vont délaisser la ville.
Trouver un parking et puis marcher?
Une fois de plus, les automobilistes locaux, les navetteurs, les visiteurs, les touristes et tous les acteurs économiques sont ainsi discriminés. Les enjeux sont évidemment différents suivant le type d'utilisateur: résidentiel, travail, école, shopping, détente, tourisme, etc. A ce titre, une étude, certes très ancienne mais néanmoins intéressante, nous donne un aperçu de ce qui est considéré comme “distance normale" à parcourir à pied pour atteindre sa destination depuis son lieu de parking.
Distances favorables Distances limites
Résidents 0 – 100 m 300 m (5 min)
Navetteurs 0 – 200 m 300 m (5 min)
Visiteurs 0 – 100 m 200 m (3 min)
Source: Patrick Bays et Pascal Christe, Le stationnement, Lausanne : EPFL, 1994, p. 63
Les auteurs précisent que d’autres aspects doivent être intégrés dans l’estimation de cette distance. Ainsi la qualité, le confort, la sécurité, l’agrément et l’attractivité (commerces, espaces verts…) du cheminement. Dans la réalité, et à Bruxelles en particulier, ces distances sont plus élevées. Ce qui complique la vie des usagers.
Manque de parking, quelles solutions?
Le problème étant posé, quelles sont les solutions pour gérer cette problématique du stationnement? Les autorités politiques plébiscitent les autres moyens de transports, en commun ou appelés "doux" comme le vélo, les trottinettes, etc. Ce sont évidemment des alternatives crédibles pour une partie des automobilistes.
Encore faut-il que ceux venant de l'extérieur de la ville puissent laisser ainsi leurs véhicules. En sécurité, et sans que ce soit trop onéreux. De nombreuses villes l'ont bien compris, comme Gand, Bruges, Anvers ou Namur. A Bruxelles, quelques parkings sont en place, mais ne répondent pas toujours aux attentes. Ainsi celui du Ceria (Anderlecht) à hauteur du ring: rempli à seulement 4% ces derniers mois pendant la crise du Covid, mais 20 % seulement auparavant. Un chiffre qui reste particulièrement faible. Il semble qu'une meilleure signalisation aux alentours mais, surtout, une communication à large échelle soient nécessaires pour amorcer la pompe.

Télétravail et Covid pallient le manque de parking
Le covoiturage peut aussi être une solution pour limiter ses besoins de stationnement. Une autre étude du SPF Mobilité montre que les places de stationnement réservées au covoiturage augmentent fortement le nombre de covoitureurs. Alors que le nombre de travailleurs qui viennent seuls avec la voiture est beaucoup plus faible s'ils doivent payer pour leur place de stationnement. Comme on peut l’imaginer, les horaires flottants et le télétravail ne favorisent pas la pratique du covoiturage.
Le télétravail, justement, s'est largement imposé ces derniers mois à cause de la crise du coronavirus. Et c'est sans doute cela qui constitue une révolution pour les entreprises en matière de stationnement. Avant la crise du Covid, les autorités estimaient à 17% le nombre de télétravailleurs. C'était en 2018, avant la pandémie donc. Mais le potentiel "idéal" estimé toucherait jusqu’à 42% de ces personnes.

Source SFP Mobilité/2018
Le SFP Mobilité expliquait alors: "Si à terme, toutes ces personnes pouvaient télétravailler sur une base régulière (au moins 1 jour par semaine), cela aurait un très gros impact sur les kilomètres parcourus dans le cadre des déplacements domicile-travail. Soit jusqu’à 16,5% de baisse". On parle là du nombre de kilomètres parcourus, mais, par extension, on mesure également le potentiel de ce que représente le télétravail sur le stationnement.
Bien sûr, le télétravail n'est pas possible pour toutes les professions. Comme pour la gestion des horaires, il existe donc de grandes différences entre les secteurs économiques. Nous verrons en tout cas ce qu'il en sera lorsque la crise du coronavirus sera derrière nous. Et comment cela influencera le comportement futur des employeurs et des salariés.
Une app pour trouver une place de parking
Reste que pour bon nombre de personnes, se garer en ville demeure une nécessité absolue et souvent un véritable casse-tête. C'est là que les moyens de communication modernes et singulièrement nos smartphones jouent un rôle crucial. Deux grandes tendances se dessinent à ce sujet: la mutualisation des places et l’assistance au parking. Pour ce dernier point, l’offre consiste principalement à guider les automobilistes vers des places disponibles grâce à une application mobile et des capteurs connectés installés sur les places de stationnement.

C’est ce que proposent des acteurs comme Parking Brussels (IOS et Android). Vous entrez votre destination et vous visualisez tous les parkings publics à proximité, leurs tarifs et parfois le nombre de places disponibles. Notez que si vous avez des facilités auprès de certains opérateurs (par exemple une carte Interparking/Touring), il est possible de limiter votre recherche aux lieux qu’ils exploitent. Les applications du genre sont nombreuses, tant pour trouver un emplacement que pour le payer.
De l’autre côté, des entreprises comme Myflexipark (IOS et Android) ou Parkpnp (IOS et Android) travaillent davantage sur la notion de mutualisation des places de parking. Ici, l’automobiliste trouvera des emplacements libres auprès de particuliers ou d'entreprises. Vous aurez alors à disposition des places assurées dans des lieux très fréquentés, près de l'aéroport par exemple. Avec des tarifs concurrentiels évidemment. La mutualisation permet d’optimiser le remplissage. Il semble que ces technologies devront, à terme, pallier la disparition des places en voirie inéluctablement prévue dans les prochaines années.
Conclusion
Chez Touring, nous sommes bien conscients que le "tout à la voiture" est révolu et que le stationnement doit être correctement géré pour offrir la place nécessaire à tous les usagers. Mais, avant de supprimer toutes ces places actuellement disponibles, il faut absolument disposer d'alternatives crédibles. Selon nous, la politique de stationnement doit être harmonisée et faire partie d’un plan de mobilité global et efficace.
Rendre la politique et les tarifs de stationnement compréhensibles et logiques conduira à une plus grande acceptation. Ce qui profitera également aux autorités et réduira le nombre de litiges. Il faut aussi que les prix pratiqués ne soient pas un frein au stationnement "légal". L'an dernier, une enquête menée par nos soins auprès de 1.100 Belges a démontré que 65% d'entre eux trouvaient le parking trop cher. Et que 58% évitaient les zones de stationnement payant.
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