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Nouveau gouvernement: 5 propositions sur la mobilité
Touring a décortiqué le programme du nouveau gouvernement Vivaldi en matière de mobilité, écologie, fiscalité et sécurité routière. Qu'est-ce qui change pour les automobilistes, motards et cyclistes que nous sommes?


La Belgique dispose enfin d'un gouvernement de plein exercice, avec un programme et des ambitions. Que nous réserve l’accord du gouvernement en matière de mobilité, écologie, fiscalité et sécurité routière?


Le porte-parole de Touring, Danny Smagghe, répond à 5 questions sur les principales propositions du gouvernement en matière de mobilité.


1. La multimodalité

La multimodalité, c’est la combinaison de plusieurs modes de transports pour arriver à destination. Le but: moins encombrer les routes et moins polluer.

multimodalité avec un vélo pliant


Que dit l'accord du gouvernement?

"Une mobilité fluide et durable est primordiale pour notre économie ainsi que pour la liberté et la qualité de vie des citoyens. Or le modèle de mobilité actuel affecte négativement le changement climatique, la qualité de l’air et la santé publique. (...) Le gouvernement misera par conséquent sur les mobilités douce, collective et multimodale. Cela impliquera plus particulièrement de nouveaux financements pour mettre la SNCB et Infrabel en état de procéder aux investissements nécessaires à un transfert modal durable."


Qu’en pense Touring?

Danny Smagghe: En tant que club de mobilité, nous soutenons toutes initiatives qui permettent aux usagers de se déplacer le plus facilement et durablement possible. Les transports en commun - le train en particulier - doivent jouer leur rôle.
Mais il ne faut pas dissuader les usagers de prendre leur voiture si les alternatives ne sont insuffisantes ou inefficaces! Par exemple le fameux RER (en tout cas sa partie wallonne) n'est toujours pas entièrement opérationnel alors qu'il devait l'être depuis longtemps.
Il faut aussi que la SNCB et les autorités accroissent les offres de parkings aux abords des gares. Ces parkings de dissuasion doivent permettre aux automobilistes de laisser leurs voitures en sécurité et à moindre coût. Touring insiste sur la nécessaire gratuité de ces parkings de dissuasion.


2. Transport partagé

Le gouvernement veut aussi limiter l'usage de la voiture personnelle pour favoriser le transport partagé.

Gouvernement Vivaldi Mobility as a Service
Mobility as a service


Que dit l'accord du gouvernement?

"En collaboration avec les entités fédérées, ce gouvernement visera un transfert modal ambitieux par l’augmentation significative de la part des modes de mobilité durables. Afin de passer de la possession personnelle des moyens de transport à l'utilisation de moyens de transport partagés, le gouvernement, en collaboration avec les entités fédérées, élaborera un cadre pour déployer la mobilité en tant que service (MaaS: Mobility as a service en anglais, NDLR). L'objectif sera de parvenir à un système qui intègre l'ensemble du parcours et puisse être payé avec un seul ticket, par trajet ou pour une période déterminée."


Qu’en pense Touring?

Danny Smagghe: Selon nous le service MaaS est une excellente initiative. Cela permet de mêler divers moyens de transport dans un même ensemble cohérent. Le gouvernement veut travailler en concertation avec les Régions et ça, c'est un excellent point. Le MaaS doit aussi s'intégrer dans le budget de mobilité sur lequel nous émettons plusieurs revendications.


3. Budget mobilité

Quelles sont ces revendications concernant le budget de mobilité?

Gouvernement Vivaldi budget mobilité


Que dit l'accord du gouvernement?

"Le gouvernement mettra en place un cadre permettant aux travailleurs qui n’ont pas de voiture de société de recevoir un budget mobilité de leur employeur. De cette manière on stimulera les alternatives de mobilité durable (transports en commun, vélos, voitures neutres en carbone, etc.) et la volonté d’habiter ou d’emménager près de son lieu de travail. En outre, les travailleurs qui font le trajet de leur domicile à leur lieu de travail à vélo ou avec un vélo électrique recevront une "indemnité vélo", dans le respect de la concertation sociale."


Qu’en pense Touring?

Danny Smagghe: Touring est favorable à la multimodalité mais refuse l'idée d'une suppression de la voiture individuelle. Il faut laisser le libre choix du déplacement à nos citoyens.


Pour Touring le budget mobilité représente une réelle opportunité pouvant faire diminuer le nombre de déplacements en voiture. Mais il faudrait, d’une part, convaincre les employés de l’effet positif d’un tel budget mobilité. Et d'autre part, persuader les autorités de l’urgence capitale d’implémenter des alternatives de transports (d'où l'importance du "MaaS" évoqué ci-dessus).


Ce budget mobilité doit être rendu beaucoup plus attractif et accessible aux employés. Les entreprises doivent donc être encouragées à mettre ce budget à leur disposition. Cela peut se faire via des incitants fiscaux par exemple.


Mais les gens qui se rendent en voiture vers une station de bus ou une gare devraient également pouvoir couvrir les frais d'un parking par ce même budget. Il existe une proposition de loi en ce sens, mais à l'heure d'écrire ces lignes, rien n'a encore été décidé. Enfin, il faut rendre le système accessible aussi aux employés qui n’ont pas nécessairement eu une voiture de société dans le passé.


4. Tous en voiture électrique?

C'est ce qu'on pourrait penser à lire le chapitre de cet accord gouvernemental intitulé "Déplacements décarbonés"...

Gouvernement Vivaldi mobilité voiture électrique


Que dit l'accord du gouvernement?

"Pour améliorer la qualité de l’air, réduire l’impact climatique de nos transports et encourager l’innovation dans le secteur automobile, le gouvernement travaillera, en concertation avec les entités fédérées, sur la suppression progressive de la vente de véhicules qui ne répondent pas à la norme de zéro émission. (...) à la condition qu’il y ait sur le marché suffisamment de voitures à coût abordable et que des analyses sur le cycle de vie soient disponibles. Dans ce cadre, le gouvernement tiendra compte également de l’incidence de cette transition sur les finances publiques (notamment l’impact sur les accises). (...). Tous les nouveaux véhicules de société devront être neutres en carbone d'ici à 2026"


Qu’en pense Touring?

Danny Smagghe: Il faut que l'automobiliste conserve le choix de sa motorisation. Tant mieux si l'objectif des autorités est de diminuer les émissions nocives des véhicules, mais il faut que les modèles suivent et, surtout, qu'ils restent accessibles au plus grand nombre. Une voiture électrique est bien plus onéreuse que les autres... C'est un problème autant pour les particuliers que pour les entreprises.


Il faut aussi avoir des infrastructures de recharge en grand nombre et sur tout le territoire, ce qui est encore loin d'être le cas. Et si c'est à l'entreprise et au particulier de s'équiper, ce sont de gros frais à envisager!


Bref, si l'objectif est louable, il ne faut pas négliger les alternatives moins onéreuses que sont, par exemple, le gaz naturel ou les hybrides et hybrides rechargeables.


5. Sécurité routière

Le point le plus marquant de cet accord de gouvernement est sans aucun doute celui qui concerne le permis à points...


Que dit l'accord du gouvernement?

"Afin d'accroître la sécurité routière et de réduire substantiellement le nombre de tués sur nos routes, avec pour objectifs de réduire de moitié le nombre de morts sur les routes d'ici à 2030 et de parvenir à la "vision zéro", soit aucun mort sur les routes, d'ici à 2050, le gouvernement prendra différentes mesures. Notamment en augmentant les risques de se faire contrôler (1 conducteur/3 trois sera contrôlé chaque année) pour vérifier sa vitesse, la consommation d'alcool ou de drogues, le port de la ceinture de sécurité et l’usage du téléphone portable au volant. Une étude sur le rôle du permis de conduire à points comparé à d'autres pays sera menée".

Gouvernement Vivaldi mobilité sécurité routière


Qu’en pense Touring?

Danny Smagghe: Touring n'est globalement pas favorable au permis de conduire à points. Contrairement au système actuel de sanction des infractions routières, le permis de conduire à points revêt un caractère automatique. Aujourd'hui, le juge de police peut tenir compte des circonstances dans lesquelles une infraction est commise, ou du type de conducteur (professionnel ou non). Car toutes les infractions ne sont pas dues à une conduite imprudente ou à un excès de vitesse délibéré. Un conducteur exemplaire qui commet une seule infraction grave après de nombreuses années pourrait immédiatement perdre un grand nombre de points sans pouvoir se défendre ou se justifier.


Cette mesure ne tient pas non plus compte du nombre de kilomètres parcourus dans une année. Les expériences à l'étranger (notamment en France) montrent que les (vrais) criminels de la route continuent à rouler sans permis ou avec un faux document!


Par contre, Touring pense que c'est une bonne chose que d'augmenter les chances d'être pris par des contrôles plus ciblés (comme en France ou aux Pays-Bas). L’objectif est de sensibiliser l'ensemble des usagers aux dangers de la route.


Touring préconise le système pratiqué au Royaume Uni: c'est le juge qui statue sur les points à enlever (ou pas). La personne incriminée a toujours la possibilité de s’expliquer devant le juge. Celui-ci peut ainsi tenir compte des (contre-)arguments avant de prendre sa décision et ses conséquences sur le permis du justiciable.

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