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Eco-conduite

Moins consommer dépend beaucoup de la manière de le conduire. En gérant bien vos accélérations, vous consommerez beaucoup moins!


Une étude universitaire pourrait vous aider à consommer moins dans la vie de tous les jours. En effet, selon ces recherches, la manière et la durée des accélérations modifient considérablement la consommation des voitures et ce qu'elles soient récentes ou plus anciennes. Logique nous direz-vous mais fallait-il encore le démontrer...

C'est une récente étude du professeur Luc Claessens de l'école Thomas More à Malines (Sint-Katelijne-Waver) qui nous a interpellé. Celle-ci a pour thème "La consommation de carburant et les émissions de CO2 lors de l'accélération des véhicules à essence".

À l'heure des grandes questions relatives au climat, à la part du transport en général et des voitures en particulier, il nous semblait pertinent de s’intéresser à ce sujet. Nous avons rencontré le professeur Claessens dans ses ateliers près de Malines. Aujourd'hui, il mène de nouvelles recherches concernant les véhicules hybrides et électriques. Mais notre attention se porte ici sur les résultats obtenus à propos des voitures à essence.

Luc Claessens de l'école Thomas More à Malines (Sint-Katelijne-Waver)
Luc Claessens de l'école Thomas More à Malines (Sint-Katelijne-Waver).


Comment moins consommer? Un entretien avec le professeur Luc Claessens


Touring
: comment se sont déroulées vos recherches pour cette étude?

Luc Claessens: “Voilà plus de 10 ans que je travaille sur ces sujets car ils apportent beaucoup de réponses concernant la consommation des véhicules suivant leur utilisation. Et l'accélération constitue évidemment le moment où la voiture va consommer le plus. Analyser de façon détaillée ces "moments" liés aux accélérations permet de voir comment fonctionnent les moteurs. Plus encore: comment optimiser leur rendement à différents niveaux de vitesses. Pour obtenir des valeurs constantes et des résultats homogènes, nous avons travaillé sur un banc d'essai et non pas sur la route où les mesures sont trop aléatoires (conditions de trafic, de revêtement routier, etc.).”

Banc d'essai
Les mesures sont effectuées sur ce type de banc d’essai.


Vous vous êtes concentré sur des voitures essence avec 2 types d'injections différentes?

“En effet, ce sont deux véhicules (neufs, ayant peu roulé) de génération différente. Le premier (2006) dispose d'une injection indirecte d'essence, l'autre (2018) de l'injection directe, la plus moderne. Nous avons ainsi pu voir les progrès réalisés entre les deux pour moins consommer et donc émettre moins de CO2. J'ai aussi voulu comparer ces résultats à ceux d'anciens tests sur des véhicules des années 80. Là, c'est un fossé qui s'est creusé en une trentaine d'années. Les consommations sont à la baisse certes mais ce sont les accélérations qui font toute la différence. C'est vraiment là que les écarts sont les plus marquants. Les connaissances techniques et, surtout, la gestion électronique des moteurs sont largement responsables. Ceci dit, ces écarts auraient encore pu être plus significatifs si les véhicules actuels n'étaient pas aussi lourds par rapport à ceux des années 80”. Moins consommer c’est aussi disposer d’un véhicule moins lourd.

Testeur au volant
Plusieurs conducteurs procèdent aux mesures afin de déterminer une moyenne générale.

Des milliers de mesures


Vous avez réalisé des milliers de mesures sur le banc d'essai, quelles étaient les conditions?

“Notre banc d'essai avec ses rouleaux simule la conduite sur route. Nous pouvons faire varier et prendre en compte de nombreuses valeurs comme:

  • La résistance au roulement
  • Le "travail" des pneus
  • La résistance à l'air.

Nous avons également effectué tous ces tests avec 2 "pilotes" différents pour obtenir une moyenne aussi fiable que possible. Nous avons choisi 3 niveaux d'accélérations qui correspondent à la situation sur les routes belges:

  • 30 à 50 km/h (2e et 3e vitesse)
  • 50 à 70 km/h (3e et 4e )
  • 70 à 90 km/h (4e et 5e)

La consommation se compose de deux parties: pendant l'accélération et pendant la stabilisation. Pendant la phase de freinage, l'injection s'arrête et il n'y a donc pas de consommation.”

Moins consommer entre 30 et 90 km/h
Les plages de vitesses pour les mesures sont comprises entre 30 et 90 km/h.


Quelles sont les principales constatations?

“Nos tests sont une succession de milliers de mesures desquelles découlent d'innombrables données (impossibles à reproduire ici NDLR). Ceci dit, deux éléments me paraissent importants à mentionner. Le premier concerne l'accélération en fonction de la vitesse à laquelle vous roulez. Plus cette vitesse est élevée (dans la plage 30 à 90 km/h), moins vous consommez de carburant. Cela se remarque autant pour le véhicule 1 (injection indirecte) que pour le 2 (injection directe). Mais la différence paraît plus évidente sur la plage de 30 à 50 km/h. Et l'on s'aperçoit aussi que c'est à ces vitesses que, de toute façon, la consommation est la plus importante, quelle que soit la "force" de l'accélération (Fig 1). À vitesse constante (accélération de 30 jusqu'à 90 km/h), la différence est plus marquée entre le véhicule 1 et le 2. Ceci est dû à la technologie plus avancée du moteur (Fig 2).”

Comparaison consommation véhiucles 1 et 2
Fig 1: Comparaison de la consommation à l’accélération pour les 2 véhicules de test.
Consommation véhicules de tes
Fig 2: Consommation véhicules de test 1 et 2 à des vitesses constantes


Et le second élément qui vous a marqué?

“Cela concerne l'accélération "lente ou rapide" liée à la distance parcourue... Nous avons donc constaté que cette intensité de l'accélération - pour moins consommer - dépendait grandement de la distance parcourue. Par exemple (voir Fig 3), dans le cas d'une accélération de 50 à 70 km/h, après 125 mètres avec une accélération forte (ligne rouge), la consommation de carburant tombe à 11 l/100 km, exactement comme avec une accélération plus lente (ligne verte). Après 175 mètres, le rapport passe à 8,5 l/100 km contre 11 l/100 km. Et après 500 mètres, c'est 6,0 l/100 km contre 6,6 l/100 km. Donc 10 % de plus pour une accélération "lente" sur cette distance (Fig 3 et petit encadré).”

l’intensité de l’accélération dépend de la distance parcourue
Fig 3: Pour limiter la consommation, l’intensité de l’accélération dépend de la distance parcourue.
Légende explication figure 3
Les différentes couleurs correspondes à l’intensité des accélérations exprimées en mètre par seconde au carré.
Distance à parcourir pour moins consommer
Distance minimale à parcourir après une accélération pour moins consommer


Conclusions

Que retenir de tout ceci? Voici la réponse du professeur Claessens: “Premièrement, les feux de circulation devraient être réglés de manière à rendre la vitesse la plus constante possible. Il faut donc essayer de privilégier les "ondes vertes", soit la synchronisation des feux afin d'éviter les redémarrages successifs. Ensuite, en raison d'une plus grande efficacité aux intervalles de vitesse les plus élevés (70 à 90 km/h), la consommation/100 km est inférieure à celle des intervalles de vitesse les plus bas (30 à 50 km/h). C'est un constat que nous faisons pour les voitures essence testées ici. Nous pourrions étendre ça aux diesel. Et donc, la meilleure solution pour circuler dans nos villes, où le 30 km/h est de plus en plus plébiscité c'est de rouler avec des voitures hybrides et plug-in hybrides qui permettent justement de consommer moins à ces vitesses basses.”


Ondes vertes: Touring plaide depuis des années!

ondes vertes pour moins consommer
Une onde verte c’est, tout simplement, la synchronisation des feux!

Cela fait plus de 20 ans que Touring plaide pour l'adoption massive des "ondes vertes", soit la régulation des feux de signalisation en fonction du trafic. En 2010 (10 ans déjà), Touring avait ainsi mis sur pied des campagnes de comptages et mesures du trafic à Bruxelles. Résultat: des émissions CO2 qui triplent si les véhicules sont bloqués dans des files générées par des feux de signalisation non synchronisés. Pire encore: les émissions de particules fines NOx et le CO2 augmentent eux aussi. Aujourd'hui, Touring insiste: "Nous avons perdu 30 ans par rapport aux pays voisins. Les autorités on fait quelques efforts les dernières années et certains tronçons ont été équipés de feux intelligents, mais nous restons assez sceptiques pour le futur."


Lisez ici nos astuces pour une bonne “éco-conduite”.

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